A l’instar de nombreuses villes du monde (New-York, Londres, Berlin, etc.) Marseille a bravé dans la dignité l’interdiction de manifester contre les violences policières. Le ras de marée de protestation contre l’impunité en matière de violences criminelles racistes qui a débuté à Minneapolis suite à l’assassinat de George Floyd a déferlé sur les quais du Vieux-Port et La Canebière. Au départ, nous dit-on, ce sont deux jeunes femmes – Aka Camille et Lili – relativement nouvelles dans la militance qui, grâce aux réseaux sociaux, ont réussi à rassembler, avec l’aide de Fadila une aînée plus expérimentée, des milliers de manifestants. Elles peuvent être fières de leur « coup de force ». Comme dans le Cid elles auraient pu s’exclamer : « Nous partîmes 500 mais par un prompt renfort dès le départ du Vieux-Port nous nous retrouvâmes plus de 5000 sur la Canebière pour crier très fort ! ». Comme le montrent nos images, ce sont bien des milliers de Marseillais.e.s, majoritairement jeunes, issus de toutes les classes sociales et des quartiers de Phocée, et de toutes origines qui ont mis le genou à terre et brandi le poing levé. Histoire de conjuguer le symbole du poing levé Panthers des luttes (qui fut utilisé par exemple sur le podium des JO de 1968, par les sprinters noirs Smith et Carlos) et celui du genou à terre que le quarterback Colin Kaepernick, star de la NFL, avait osé opposer à l’hymne national américain, pour protester contre le racisme policier ultra violent que subissent les Afro-américains. Phénomène médiatique diront certains. En réalité, ces manifestations sont l’expression d’un puissant sentiment de coappartenance qui fait que les Arabes et les Noirs de Marseille s’identifient aujourd’hui au destin tragique de George Floyd.

Récit en vidéo.