Lors de notre tournage sur « Marseille à l’ère du Coronavirus », nous avons rencontré devant l’IHU Méditerranée Infection, deux figures locales, l’une anonyme (un infirmier), l’autre bien connue des citoyens, Nouredine Hagoug (ancien élu du 13/14 et dirigeant associatif) qui nous expliquent leurs motivations personnelles à se faire dépister et éventuellement à être traités selon la « méthode du professeur Raoult ». Au-delà de la controverse nationale nourrie par les médias mainstream, les politiques et certaines autorités médicales, il est vrai que le professeur Raoult a suscité un véritable « engouement populaire », notamment dans les populations les plus précaires et vulnérables de la cité phocéenne. En témoignent les longues files d’attente devant l’IHU, où l’on retrouve des citoyens marseillais de toutes origines sociales et culturelles, des quartiers Nord aux quartiers Sud en passant par ceux du centre, avec toutefois une forte représentation de ceux issus des cités populaires. Le « peuple de Marseille » semble tout entier derrière son nouveau héros et héraut de la lutte contre le coronavirus, avec parfois un fort sentiment d’injustice, celui d’avoir été lâchés par les responsables politiques nationaux. Au-delà de la fracture médicale, le soutien du Marseille populaire à la « méthode Raoult » constituerait également une traduction de la fracture sociale mais aussi de la fracture territoriale qu’un des interviewés exprime par une formule « le succès de Raoult, c’est le bon sens populaire » ! Populisme médical nourri par une gestion élitaire et technocratique de la crise sanitaire ou réel espoir populaire d’être enfin traité dans leur dignité de citoyens confrontés à la menace de la pandémie ? Dans tous les cas, la controverse autour du professeur Raoult est bien un phénomène social qui réveille chez certains habitants de la cité phocéenne une fierté d’être Marseillais.