En vidéo ci-dessus un film court 26 mn résumant la mobilisation du samedi 13 juin.

Samedi 13 juin nous avions rendez-vous vers 17 h dans un café sur le Vieux port avec Hawa Traoré (la sœur jumelle d’Adama), Fadila El Miri et les deux organisatrices de la manifestation. Ces dernières qui ne revendiquent aucune affiliation partisane ou syndicale avaient déjà été à l’origine de la manifestation du 2 juin rassemblant plus de 5000 personnes, notamment des jeunes issus des quartiers populaires mais aussi des quartiers plus chics de la citée phocéenne, un « mélange des classes » totalement inédit dans l’histoire récente de Marseille. Après un briefing, les initiatrices de l’événement rejoignent vers 18h30 des anonymes, des sympathisants de la cause et des militants qui ont déployé des banderoles sous l’ombrière du Vieux Port. Rapidement, le temps d’interviewer un groupe de jeunes, venus de la cité de la Castellane, la foule grossit autour de la sono qui commence à donner de la voix. Tout d’abord Hawa Traoré, émue, explique le calvaire qu’a subi son frère et harangue les personnes rassemblées pour réclamer justice et vérité pour son jumeau et toutes les victimes. Ensuite Fadila après avoir énoncé les règles de sécurité et tancé les médias mainstream qui, comme « BFM TV sont la voix du gouvernement et non celles des causes sociales », qu’elle salue néanmoins d’être pour une fois attentifs à la cause qu’elle défend depuis des années, refusant toute récupération politique et politicienne. Il est vrai que dans le contexte électoral des municipales à Marseille, cette manifestation aurait pu apparaître comme une opération politique, voire politicienne : rien de tout cela. D’ailleurs, les principaux candidats de la gauche et leurs colistiers n’ont même pas daigné se déplacer pour dénoncer les violences racistes et policières. Une absence remarquée des élus et des leaders politiques marseillais qui n’est pas pour déplaire aux organisateurs de la manifestation ; mais ils l’interprètent comme le signe d’une indifférence profonde d’une grande partie de la classe politique locale au destin des cités et des quartiers populaires. C’est au cri de « Pas Justice pas de Paix ! » que démarre le cortège qui emprunte la mythique rue de la République, le boulevard des Dames, fait une halte à la Porte d’Aix, puis se dirige vers les escaliers de la gare Saint-Charles, l’avenue d’Athènes, coupe la Canebière, puis le boulevard Dugommier pour rejoindre la Préfecture symbole de la toute puissance de l’État, gardée par un cortège de gendarmes mobiles qui semblent protéger leurs collègues policiers qui sont eux postés au second, voire au troisième rang. Loin de provoquer les forces de l’ordre, les manifestants appellent à la résistance pacifique au cri « nous avons déjà des morts et des blessés, nous n’en voulons pas davantage ! ». Cette foule à la fois compacte et solidaire, poing levé, genou à terre, constitue une véritable fierté pour des militants plus aguerris comme Kamel et Fadila car c’est la preuve que personne n’est irremplaçable, et que la relève générationnelle est d’ores et déjà assurée. Si effectivement, le socle des militants sans concession contre les bavures et les violences policières est bien là, très vite, nous nous rendons compte au fil des interviews de la présence de nombreux citoyens ordinaires et profanes de la « chose protestataire », venus en famille pour exprimer leur refus des injustices mais aussi leur critique de la criminalisation des mouvements citoyens, à l’instar de cette mère de famille d’une soixantaine d’années qui déclare son incompréhension totale face à la répression systématique des revendications sociales pourtant légitimes. Nous sommes loin de l’image des casseurs et des provocateurs professionnels que véhiculent la communication gouvernementale et la majorité des chaines d’information continue. Cela n’empêchera pas une partie de la classe politique marseillaise héritière des courants xénophobes des années 1970 et 1980 d’instrumentaliser l’événement sur un mode anxiogène, jouant des images de casses et de destructions, et tout cela en marchand une seconde fois sur les cadavres des victimes des violences racistes. Mais la puissance de la manifestation tant par le nombre des participants, la force des slogans et la « colère saine » exprimée par les militants et les citoyens marseillais est bien la preuve qu’Ibrahim Ali, Zineb Redaouane et Adama Traoré ne sont pas morts pour rien.

Ci desous, photoreportage en plus :

Lili que vous pourrez écouter en exclu pour Phocée Med. Militante de longue date, mais jusque là anonyme, cette maman de 34 ans est en fait, avec Camille, une des deux jeunes femmes à avoir initié les manifs à Marseille suite à la vague planétaires de protestation né du meurtre du malheureux Georges Floyd à Minnéaopolis-USA.

Fadila El Miri au micro “Suivez les consignes de sécurité, nous ne voulons pas déplorer d’autres victimes”
l’immense foule mobilisée contre les violences policière, le 13 juin 2020, au niveau du cours Lieutaud.
Une organisatrice au micro explique les origines du mal, dénonce le racisme institutionnel. A écouter dans la vidéo.

La génuflextion du footballeur Colin Kaepernick (en référence au révérend King) reprise à Marseille face à la Préfecture de Police. Rappelons que c’est Martin Luther King qui priant à Selma en 1965 avait fait ce célèbre geste en guise de prière afin que les vies de ses soeurs et frères noirs puissent être respectés par les policiers américains. A l’époque nombre d’afro-américains furent tués dans cette ville d’Alabama. Notamment ceux qui lutaient pour les droits civiques. Le poing levé étant bien sûr le symbole du black power cher aux Black Panters et popularisé aux yeux du monde entier par les sprinters Smith et Carlos aux jo de 1968 à Mexico .



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Les gendarmes en avant poste entre la préfecture de police et la préfecture des Boûches-du-Rhône.
We are all one, message fraternel inscrit sur leurs corps, trois jeunes hommes ont sucité notre curiosité à propos de leur message aussi nous leur avons donné la parole. Reste que lorsque les Crs sont passés derrière nous, l’inquiétude se lisait sur leurs visages, et ce malgré le caractère pacifique de leur message. Du reste nous non plus, nous n’étions pas complétement rassuré et avions eu peur d’avoir fait courrir des risques à ces jeunes pour l’interview. Au final cela c’est bien passé, les CRS sont passés sans causer d’incidents.
Hawa Traoré, Fadila El Miri et compagnie en discussion militante et détente avant la manif.
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Pancarte “Nous nous avons tous le sang de la même couleur” à la main cette jeune femme croit au bon côté de tout individu, policier compris.